Évangile du 6 septembre 2026

« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)
Ce dimanche, Jésus donne du poids au groupe, à l’assemblée.
Difficile à entendre pour nos sociétés où l’individu prime sur le groupe et où la vie en groupe, la vie d’assemblée, de village, de veillées, n’est plus prédominante.
Mais en effet, il suffit de « deux ou trois ». Deux c’est un couple, un binôme, un parent et son enfant, le début d’une alliance ; trois, le début d’une famille et d’une assise plus stable : un tabouret. C’est toujours plus dur de s’accorder à plusieurs, mais c’est le sel de la vie. « L’homme est le remède de l’homme » dit un proverbe africain. Oui, on a besoin des autres, de liens, de relations, pour notre bonheur, notre joie, notre bien-être, notre santé mentale. Des gens crèvent de solitude et du manque de contact, plus que des virus pris au contact de. Et l’autre nous mesure, nous limite parfois, mais nous prolonge aussi. Rares sont les projets qui vont au bout menés par le seul initiateur.
La prière est plus efficace à plusieurs, portés par plusieurs coeurs, plusieurs consciences.
Et le reproche ? Le reproche est nécessaire aussi, apparemment ; puisque c’est l’objet de ce début d’évangile. Mais non un reproche pour le reproche ; un reproche si on a été blessé, s’il y a eu « péché » contre soi. Et ce reproche doit d’abord être intime et oral ; de soi à l’autre. Pas par écrit, pas par facebook ni par sur le groupe whatsapp, mais dans une discussion, un face-à-face. « S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » : cela signifie-t-il qu’il a compris ou seulement écouté ? Peut-être en effet que si l’autre m’écoute, même sans répondre, même sans s’excuser tout de suite, dans un silence méditatif, c’est déjà gagné. Et sinon on a le droit de faire appel à quelqu’un d’autre, « afin que toute l’affaire soit réglée »- pas pour faire durer ni envenimer. Et sinon en assemblée : dans un groupe d’amis, de famille, de collègues. En tout cas, dans la bouche de Jésus, cette assemblée d’église est un groupe de confiance, de proches. Et sinon ? Eh bien « considère-le comme un païen » et passe ta route. Oui, cela aussi est difficile pour nous aujourd’hui, d’accepter que des gens n’en valent pas la peine, qu’avec certains ça ne puisse pas aller plus loin ou mieux, en tout cas avec nous et en ce moment donné. Eh bien ayons la sagesse de nous éloigner, sans crier, sans diffamer, sans réclamer ; certains sont au courant -le petit groupe qui a essayé avec moi- et j’ai dit ce que j’avais à dire, le reste ne m’appartient plus. Dieu fera. Dieu sondera les coeurs.
Voilà un enseignement bien sage à l’heure où chacun prend la parole ou plutôt le clavier -et c’est tellement différent ! et plus lâche ! et moins vrai ! – pour critiquer à tout va, des gens qu’on ne connaît pas, des comportements qui ne nous regardent pas.
Jésus nous recentre sur l’humain, sur la relation, quand elle est bienfaisante et quand elle ne l’est pas. Et il n’y a que de l’homme à l’homme qu’on peut régler ça, quand elle ne l’est pas, ou l’éprouver, quand elle l’est.
Commentaires